Comment la volonté politique peut-elle doper le tourisme au Bénin.

Il y a quelques jours, on annonçait au peuple béninois la création d’une agence pour la gestion des questions de tourisme au Bénin. Cette agence dénommée « Agence Nationale des patrimoines et de développement du tourisme » vient combler les carences en terme de stratégie pertinente de développement du secteur touristique, ainsi qu’en terme de valorisation des sites touristiques.

Depuis bien des années, combien de projets relatifs au tourisme ne nous a t’on pas proposé? Concrètement, jusque la « que dalle ».

Suite a cela nous en sommes légitimement en droit de nous poser la question de l’existence d’une réelle volonté politique derrière cette création d’agence.

Logiquement cela traduit une volonté de l’Etat de développer le tourisme

Je ne sais pas ce que ce nom d’agence a rallonge vous évoque, mais moi j’y vois une sorte d’office du tourisme déguisée qui ne dit pas son nom. Qui dit office du tourisme en général dit volonté de développer le secteur, nous pouvons donc en déduire que c’est l’ambition de notre gouvernement.

Au passage quelqu’un sait ou sont passés les offices du tourisme au Bénin?

Si cela relève d’une réelle volonté politique, alors retroussons nos manches car il y a beaucoup a faire. A commencer par une évaluation totale des sites a potentiel touristique, les restaurer et les entretenir afin de les préserver. Ensuite le développement de notre secteur touristique autour d’un ou plusieurs thèmes (Bénin ancien port négrier, ou encore le Bénin terre de diversité…). Et enfin créer encore plus de circuits touristiques dans les régions concernées.

La volonté politique, en plus de mettre en avant notre patrimoine culturel sur la scène mondiale, pourrait tout simplement soutenir notre économie tant les moyens pour mener le Bénin au développement via le tourisme sont infinis. Vous avez:

  • La création d’emplois qui résulte de la création d’une industrie touristique structurée (complexes hôteliers, restauration, événements, festivals, etc…)

  • La rentrée de devises générée par un afflux de touristes désireux d’en savoir plus sur le Bénin. Quand je parle de touristes, je parle de cette diaspora Afro descendante, de ceux qui du fait du brassage culturel se sont retrouvés avec des pans de notre culture et qui souhaitent en savoir plus grâce a un voyage à la source.

  • Les processus de fixation des prix de l’industrie touristiques sont régis par nous mêmes et ne dépendent d’aucune importation extérieure (contrairement a l’agriculture par exemple), ainsi libre a nous de fixer les prix pour la découverte de notre patrimoine matériel, et immatériel. Pour un pays comme le Bénin qui repose sur la fiscalité, comment ne pas y voir un pain béni?

La volonté politique, elle seule peut changer a tout jamais le destin d’une nation comme le Bénin si elle décide de tendre la main aux entreprises afin de générer de l’emploi dans le cadre d’une économie touristique.

Si nous prenons le cas de nos amis du Maroc, nous avons la preuve vivante de ce que la volonté politique peut accomplir. Le 10 Janvier 2001, le Maroc décide de miser sur le Tourisme dans sa stratégie de développement et se fixe comme objectif 10 millions de touristes pour 2010. Entre 2001 et 2010, le Maroc réalise un bond en avant et double ses entrées (de 4,4 a 9,3 millions) ainsi que ses revenus touristiques (de 31 a 60 milliards de dirhams). Aujourd’hui le Maroc se classe 29e a l’échelle mondiale et a pour ambition la 20e place d’ici 2020. Comme quoi nul besoin d’aller très loin pour simplement trouver des sources d’inspiration, d’autant que nos réalités ont beaucoup en commun.

Connaissant les réalités du Benin, le doute est de mise tant que les actes n’ont pas suivi les paroles.

Jusqu’a aujourd’hui, nous comptons beaucoup de promesses qui n’ont jamais vu le jour; Les fameux éléphants blancs.

Tout d’abord, le projet de la route des pêches. Dans les tiroirs depuis plus d’une dizaine d’années, le projet d’aménagement de la route des pêches n’a toujours pas vu le jour faute de financement nous disent ils. Les freins a ce projets sont nombreux a commencer par ceux qui ont la gestion.

Le projet de valorisation de la Cité historique de Ouidah, récent sujet brûlant de l’actualité touristique du Bénin. Sachez que Ouidah qui était en voie d’être classé au patrimoine mondial de l’unesco pour son rôle dans la traite négrière ne pourra pas avoir accès a cette distinction car suspense… ils ont perdu le dossier! Ridicule, mais vrai.

La rénovation des palais royaux d’Abomey. Quelques efforts auraient été déployés pour éviter de voir notre patrimoine s’effondrer sous nos yeux, mais cela reste quand même insuffisant.. et nous n’avons même pas encore réellement abordé la question de la mise en valeur de ces sites.

Qui dit tourisme dit infrastructures routières. Après 10 ans passés sous les régimes du changement et de la refondation, on peut être contents d’en avoir tiré quelques routes. Ce réseau routier reste tout de même en deçà du maillage requis pour faire circuler potentiels touristes et habitants de façon fluide du nord au sud du Bénin.

Etant d’un naturel optimiste mais réaliste, je préfère voir le verre a moitié plein et croire en cette volonté politique pour le secteur du tourisme, mais je sais d’ores et déjà que même avec une volonté politique a son maximum, il va falloir compter sur tous les béninois pour faire du Bénin une destination touristique de choix. Déjà rien qu’a ce niveau ce n’est pas gagné, mais allez… on y croit tous.

Publié originalement un 20 Juillet 2016
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