Quand les Guèlèdès murmurent les maux du Bénin à l'oreille du Président

En passant par le musée de la Fondation Zinsou à Ouidah, de nombreuses pièces ont retenu mon attention. Aucune ne m'a plus parlé que cette série de masques Guèlèdès à qui Kifouli Dossou fait cracher les maux de la nation dans le creux de l'oreille du futur président. Nous sommes bien avant l'élection présidentielle de 2011. Kifouli Dossou sonde la population béninoise et en dégage dix problèmes. Il les matérialise au travers de masques Guèlèdès et formule dix doléances au futur chef de l'Etat.

Ce qui m'a le plus frappé dans cette collection, dans ces œuvres d'art, c'est la multitude de messages qu'elles arrivent à faire passer et cela de façon simultanée. 

Avant tout, je dois avouer que c'est le côté artistique, le visuel qui a attiré mon attention. Les pièces sont belles, colorées, chacunes avec une scène de la vie contemporaine béninoise. La dimension traditionnelle est plus que présente, elle ne nous a jamais laissé car les origines du Guèlèdè remontent à la nuit des temps. 

Cette série fige également la socété pour la postérité, je ne vous cache pas que ca fait du bien de voir des oeuvres typiquement béninoises, de notre temps, et aussi bien réalisées.

Trève de Blabla, le sondage c'est par ici!

La sécurité du peuple

Une dame à terre, tuée lors d'un braquage. Les malfrats ont connu leurs heures de gloire, du sang et des vies ont été gachées pour la reussite de ce genre d'opérations. La sécurité est une préocupation des plus urgentes pour la population. Au travers de cette oeuvre, l'artiste demande au chef de l'état plus de sécurité dans les villes et villages.

Carrefour

Ici, une scène d'accident à un carrefour. Pas difficile d'imaginer un tel scenario pour les habitués des axes routiers béninois. Deux personnes viennent de se faire rouler dessus et le chauffeur tente de prendre la fuite illico pour échapper à une probable vindicte populaire. Le témoin quand à lui ne dira rien du tout, la famille de la victime n'aura que ses yeux pour pleurer. Sur les cotés deux eclipses solaires représentées, symbole de mauvais présage elles planent comme des epées de damoclès sur nos carrefour. L'on demande par ici plus de feux tricolores, ou tout simplement du mieux dans la question de la securité routière.

Les élèves

Pour ce qui est de l'education nationale, nous sommes convaincus que le meilleur reste a venir. Moi je dirais tout simplement que malgré son statut de quartier latin, le Bénin ne peut que faire mieux en matiere d'éducation. Sur cette pièce, des élèves se rendent a l'école. Certains y vont a motos car ils peuvent se le permettre, mais les autres y vont à pieds. Beaucoup d'entre eux marchent bien trop souvent sur de longues distances avec les conséquences logiques qui s'y rapportent: Retards, fatigue, ... Par le biais de cette oeuvre plus d'écoles sont demandées, et on veut ces dernières plus proches des lieux de résidences.

Les éleveurs

Un éleveur de pintades qui n’a plus de quoi les nourrir au point ou certaines meurent de faim. Président, subventionnez les éleveurs.

Eau potable

Des hommes et des animaux les pieds dans l'eau. Tout le monde utilise la même eau, tout le monde la souille et tout le monde la boit. Le problème de l'eau est réel, et est beaucoup plus complexe qu'on ne peut l'imaginer au Bénin. La question de l'eau relève de la santé, de l'hygiène, de la politique, de la justice, de l'éducation pour ne citer que ca. Peu importe les moyens la population demande de l'eau potable dans les villes et villages au nouveau président. Remarquez également que ce masque est le seul de la série à porter des tresses pour symboliser la femme. En effet c'est cette dernière qui dans le foyer utilise le plus d'eau.

Les fonctionnaires

Les fonctionnaires souffraient assez du temps de notre ancien président à en croire ce masque. Il représente un fonctionnaire à court de ressources avant la fin du mois. Ce dernier éprouve des difficultés à nourrir sa famille. La doléance exprimée ici est une augmentation du salaire des fonctionnaires.

L’electricité

Deux villageois mangent le soir sous un arbre. L'obscurité percante de la campagne et le manque d'electricité font que ce derniers n'ont pas vu arriver le serpent qui s'en prit à l'un d'eux. Je parle de la campagne mais avec les coupures de courant récurrentes les villes ne s'en sortaient pas non plus. Si la demande de l'artiste n'est autre que de l'electricité dans les villes et les villages, nous pouvons d'ores et deja noter une amélioration sur la question des coupures de courant en ville. Reste plus qu'a repousser les limites de l'obscurité et ce jusque dans les coins les plus reculés.

Réparer les routes

Le problème de la circulation routière est évoqué une fois de plus, mais ici c'est plutôt de l'état des routes qu'il s'agit. Le motocylciste roule sur la voie de gauche, en sens interdit, en bon beninois je vous dirai que si la route normale est abimé, alors c'est légitime de chercher un meilleur chemin. Force est de constater que l'état des axes routiers pourrait nettement s'améliorer. Les trous dans les rues "vons"et même sur les routes nationales, des nids de poules dans le sable aux trous dans le bitume. Réparer les routes, telle est la requête.

Les cultivateurs

Ici un paysan déterre du manioc, ou des ignames, une femme fait chauffer le gari, un paysan sarcle, et un autre rentre chez lui, la houe à l'épaule... une houe, en 2016. Dans un monde ou il existe des tas de machines inimaginables, pour nous simplifier la tâche #WhatATimeToBeAlive. Il s'agit là de métiers qu nourissent une nation, si nous n'accentuons pas les efforts et les résultats dans l'agriculture l'on sera toujours dépendants de l'exterieur. Le sculpteur demande ici une mécanisation de l'agriculture.

La maladie

Une femme est malade. Apres avoir tenté de la soigner à la maison sans succès, son mari décide de se rendre à l'hopital. Un autre homme voit sa femme clamser en chemin. Ce dernier place donc ses mains sur la tête en guise de drame, de danger. On demande la construction de plus de centres de santé et d'hopitaux a proximité des habitations.

On dit souvent que c'est en rigolant que l'on dit plus facilement la verité, je peux ajouter que si vous avez un message a faire passer, l'art est un excellent média. Chapeau à l'artiste, mais surtout chapeau à la Fondation Zinsou dont le travail considérable permet de faciliter l'accès à la culture au Bénin.

Publié originalement un 18 Octobre 2016
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