🎵 Madcon — Beggin' (FORD MISKIN Remix) → WadlaLu Small B — Midnight Gqom
Ce passage est probablement l'un de ceux qui représentent le mieux la direction que j'ai envie de prendre en tant que DJ. Il part d'une idée assez simple : avoir les deux pieds bien ancrés dans le sol, tout en gardant le regard tourné vers quelque chose de plus grand. Être grounded, mais continuer à aspirer au ciel. Avancer vers le futur sans se couper de ce qui nous a construits. C'est ce que j'entends par rétro-futurisme.
Dans cette transition, je pars d'une référence que beaucoup d'oreilles peuvent reconnaître : Beggin' de Madcon. Un morceau qui appartient déjà à une mémoire collective, un titre qui a circulé, marqué une époque, traversé plusieurs générations d'écoutes. Mais au lieu de le laisser exister uniquement comme un souvenir, je l'amène ailleurs.
Je le fais rencontrer une énergie beaucoup plus brute, plus physique, plus afrocentrée, avec Midnight Gqom de WadlaLu Small B. Le contraste est fort : d'un côté, une voix familière, presque nostalgique ; de l'autre, une rythmique plus dense, plus sèche, plus tournée vers le corps et le club. Deux émotions différentes se retrouvent dans le même espace. Et c'est précisément cette rencontre qui m'intéresse.
Je ne veux pas utiliser le passé comme une limite, mais comme une matière première. Quelque chose que l'on peut reprendre, déplacer, transformer, projeter ailleurs. Dans ce passage, la mémoire devient un point d'appui, pas un endroit où rester figé.
C'est aussi une manière de dire quelque chose de plus large sur mon rapport à la musique, à la culture et aux traditions. Je viens d'un parcours où la transmission culturelle compte énormément. Mettre en avant nos références, nos langues, nos sons, nos imaginaires d'origine fait partie de ce qui m'anime. Mais pour moi, transmettre ne veut pas dire conserver les choses sous cloche. Cela veut aussi dire les faire circuler, les confronter à d'autres formes, les inscrire dans le présent et les pousser vers le futur.
Ce passage entre Beggin' et Midnight Gqom fonctionne donc comme un pont entre plusieurs temporalités. Le passé, avec une référence populaire que l'on reconnaît. Le présent, avec l'énergie immédiate du dancefloor. Le futur, avec cette envie d'explorer des formes électroniques afrocentrées, plus hybrides, plus audacieuses.
C'est sans doute l'un des passages les plus proches de ce que je veux proposer de plus en plus : des rencontres musicales qui surprennent sans perdre leur ancrage. Des mixes qui regardent devant, mais qui savent d'où ils viennent.